Vers une gestion ouverte des déchets nucléaires
Cet essai-projet propose de repenser une institution combinant production d'énergie, gestion active des déchets et transmission des savoirs. Il s'appuie sur l'approche du nucléaire en architecture en considérant les déchets radioactifs comme un hyperobjet : une matière invisible, massive et inscrite dans des temporalités millénaires, qui dépasse nos capacités de représentation. En s'appuyant sur les travaux de Timothy Morton et Peter C. Van Wyck, il met en évidence que le danger nucléaire ne peut être ni pleinement perçu ni totalement maîtrisé, générant une angoisse culturelle et un déficit de confiance.
Dans un contexte de tensions mondiales, le retour au nucléaire apparaît comme une option stratégique, malgré les enjeux qu'il soulève. Le projet propose ainsi une relecture de la gestion des déchets sur le site de Gentilly, au Québec. Plutôt que de les dissimuler, il cherche à rendre visibles les systèmes, les processus et les infrastructures qui les encadrent.
Un programme d'apprentissage obligatoire sur trois ans structure cette institution : la première année est consacrée à la production d'énergie, la deuxième à la décontamination et à l'encapsulation, et la troisième à l'enfouissement en profondeur. Ce cycle pédagogique repose sur une logique de transmission continue entre les usagers, assurant une mémoire active du risque.
L'architecture met en relation directe les circulations humaines et celles des déchets, instaurant une cohabitation entre le corps, la matière radioactive et les infrastructures techniques. En s'ancrant dans les structures existantes de Gentilly, le projet inscrit une fiction dans une réalité tangible et propose une manière de penser avec le problème, en exposant ses contradictions plutôt qu'en cherchant à les effacer.